" Boire ou conduire, il faut choisir ! " : Ce slogan était celui
d'une campagne de la prévention routière. Il pourrait être détourné et
devenir "Avec ou sans permis, il faut rouler."
Le PDG de la compagnie d'assurances SOS Malus a choisi les colonnes
de France Soir pour demander une véritable réflexion sur la sécurité routière
en France.
Sa cible : la politique répressive mise en place depuis
trois ans.
Son credo : on pousse des conducteurs à rouler sans
permis parce que certaines peines sont disproportionnées. Jean-Pierre
Labalette se défend de vouloir l'impunité des chauffards, des conducteurs
en, état d'ivresse mais affirme que 33.000 infractions de conduite sans
permis constatées en 2005, c'est beaucoup trop.
Depuis trois ans l'insécurité routière recule et le prix à payer est
peut-être ces suspensions, ces retraits, ces annulations qui touchent des
conducteurs apparemment sans histoires. Le nouveau permis, entré en
application le 1er juillet 1992, est bien entendu à la base du problème.
Avec la politique répressive qui s'intensifie, plus de 10 millions de points
ont été retirés l'an dernier contre 6,4 millions en 2004, année qui avait
connu une hausse de 44 % par rapport à la précédente. Les conséquences
sont bien souvent catastrophiques. Selon les derniers chiffres officiels,
39.413 permis de conduite ont été invalidés en 2004, soit 87 % de plus
qu'en 2003 et quatre fois plus qu'en 1997. Et l'année 2005 devrait afficher
un bilan encore plus noir.
Si la majorité des français est satisfaite du recul de ce fléau national
qu'est l'indiscipline au volant, d'autres vivent comme un drame une annulation
ou un retrait dû à une succession de fautes parfois mineures. Une vie complète
peut être bouleversée. Résultat : certains n'hésitent plus prendre le
volant même s'ils n'ont plus la fameuse petite feuille rose.
Le nombre de conducteurs sans permis explose en effet. Plus de 33.000
constatations de conduite sans permis ont ainsi été constatées l'an passé
contre à peine 10.000 en 2004. Et il ne s'agit là que des automobilistes qui
se sont fait surprendre. La France compterait au moins
800.000 « bons citoyens » qui prennent le volant sans avoir le petit
document officiel, au risque de se retrouver dans une situation des plus délicate
en cas d'accident et de ne pas pouvoir indemniser les victimes.
Alors faut-il desserrer l'étau de la répression ? Non, disent les
pouvoirs publics. Mais faire la sourde oreille aux-idées exprimées par le
PDG de SOS Malus relève d'une absence de dialogue dramatique. La
politique du gendarme a aussi ses limites et ses contradictions. Pour de
nombreux français elle est parfois injuste, opaque et ressemble à une pompe
à finance aisée. Plus de transparence, plus d'information, une répression
ciblée et des radars moins rentables mais dissuasifs seraient certainement
une évolution intéressante.
Matthieu Frachon et Eric Lamotte
INTERVIEW
Jean-Pierre Labalette, assureur créateur de SOS-MALUS " Entre chômage
et défaut de permis, beaucoup ont choisi "
ASSUREUR ET CRÉATEUR de SOS Malus, Jean-Pierre Labalette réclame
aujourd'hui l'ouverture d'un débat sur " la répression routière
".
Quels reproches formulez-vous au système de répression mis en
place depuis trois ans ?
Le mieux est l'ennemi du bien, il est temps d'affiner la politique en matière
de sécurité routière. Lorsque le pendule va trop dans un sens, il est
normal de le voir revenir dans l'autre sens. Je suis assureur et suis confronté
à la détresse de certaines personnes qui dont pas le choix : elles doivent
conduire ou ne plus travailler !
A l'heure actuelle on pousse les gens à la faute, à conduire sans permis.
Entre le chômage et le défaut de permis et donc d'assurance, beaucoup ont
vite fait de choisir. On parle du droit au logement, du droit au travail, du
droit à ceci et à cela, mais d u droit à se déplacer, point n'est question
! Interdire l'usage d'une voiture à un professionnel, c'est le condamner au
chômage avec tous les drames sociaux qui s'ensuivent. En tant qu'assureur,
bien entendu, je ne peux que me réjouir de la réduction considérable des
sinistres, et je ne souhaite pas que l'on confonde mon propos avec la défense
du permis de tuer.
Mais cette politique a entraîné la réduction du nombre de tués
et d'accidentés…
Je ne plaide pas pour les chauffards, les délinquants et les alcooliques
au volant. On doit frapper fort les irresponsables et faire comprendre aux
autres que la route peut tuer. Ce qui me semble choquant c'est que la double
peine s'applique aux automobilistes. La chasse aux points est parfois menée
de manière abusive et manque de clarté.
Concrètement que proposez-vous ?
Pour les petits excès de vitesse, je suggère la perception d'une amende
mais pas de retrait de points. Aujourd'hui, pour quelques kilomètres de dépassement,
on abandonne 1 ou 2 points, c'est excessif !
Supprimer 3 points pour une ceinture de sécurité non bouclée n'est pas
raisonnable. En effet, le dommage est subi directement par son auteur et
n'occasionnent .aucun préjudice co llatéral. On me rétorquera que la sécurité
sociale dans certains cas, supporte les frais médicaux et chirurgicaux.
D'accord ! Dans ce cas, imposons une amende significative versée à la sécurité
sociale.
Enfin, pour ceux dont le véhicule constitue une réelle prothèse
professionnelle, il est indispensable de remettre en vigueur l'octroi
automatique du permis blanc.
Propos recueillis par M. Frachon pour France Soir
COMBIEN
DE POINTS PEUT-ON PERDRE ?
1 point retiré du permis pour chevauchement d'une ligne
continue, dépassement de moins de 20 Km/h de la vitesse autorisée ou encore
le maintien de feux de route gênant les conducteurs venant en sens inverse.
2 points retirés pour un dépassement de la vitesse
autorisée comprise entre 20 km/h et moins de 30 Km /h ou pour l'utilisation
d'un téléphone en main. Même sanction pour un conducteur qui accélère
quand on le dépasse ou pour circulation, voire stationnement sur le
terre-plein central d'une autoroute.
3 points retirés en cas de non-port de la ceinture de sécurité,
de dépassement de la vitesse de 30 à moins de 40 Km/h, de circulation sans
motif sur la partie gauche de la chaussée, de non- port de casque, de non
respect de la distance de sécur ité entre deux véhicules ou de
franchissement d'une ligne continue. Même sanction pour un changement de
direction à risque, un dépassement, un arrêt ou un stationnement dangereux,
un stationnement sur la chaussée la nuit ou par temps de brouillard sur un
lieu dépourvu d'éclairage public, ou encore pour circulation sur la bande
d'arrêt d'urgence.
4 points retirés en cas de non-respect de la priorité,
d'un stop ou d'un feu rouge, pour dépassement de la vitesse de 40 à moins de
50 Km/h, marche arrière ou demi-tour sur autoroute, circulation en sens
interdit
6 points retirés en cas d'homicide ou blessure
involontaires, de conduite avec un taux d'alcool supérieur ou égal à 0,8g/l
de sang ou après usage de stupéfiants. Même sanction pour- excès de
vitesse de 50 Km/h au moins, pour délit de fuite, refus d'obtempérer,
entrave à la circulation, usage de fausses plaques d'immatriculation,
conduite en période de suspension.
8 points retirés si plusieurs infractions simultanées,
dont au moins un délit, sont constatées.
Comment
savoir combien de points il reste sur le permis ?
Lorsqu'une infraction est commise, une lettre simple est envoyée au
conducteur, à l'adresse figurant sur son permis, pour lui préciser le nombre
de points perdus. Bien souvent, il ne la reçoit pas mais considéré comme étant
au courant. On peut connaître son capital point en se rendant à la préfecture
ou a la sous-préfecture de son domicile, muni d'une pièce d'identité et de
son permis.
Comment
recuperer des points ?
Si pendant trois ans, un conducteur ne commet pas d'infraction, il retrouve
automatiquement ses 12 points. S'il commet de nouvelles infractions, les
premiers points perdus sont récupérés au bout de dix ans. Enfin il est
possible de suivre un stage de 2 jours (230 €) tous les deux ans pour récupérer
4 points. Liste des centre de stages disponible en préfecture et sur le site
www.securite-routiere.gouv.fr
Comment
recuperer son permis ?
En cas de perte totale des points, il est possible de solliciter un nouveau
permis six mois au plus tard après visite médicale et un examen
psychotechnique. Les titulaires d'un permis depuis plus de trois ans devront
également repasser le code de la route. Les autres (moins de trois ans de
permis) devront subir en plus la pratique.